Bord’eau Village: projet à l’eau?

Inauguré en novembre 2007, le Quai des Marques de Bordeaux transforme d’anciens hangars en une galerie commerçante à prix bradés le long de la Garonne. Après la crise du Covid-19 en 2021, le site se réinvente pour répondre à une visée touristique, et devient Bord’eau Village.

Avec le souhait d’aborder un air plus jeune et nouveau, Bord’eau Village semble porter une promesse d’affluence. Si auparavant le quai des marques avait pour principal atout ses prix outlet, aujourd’hui, très peu de marques gardent cette identité bradée. Pour les clients, cette identité alors hétérogène questionne. Les commerçants se montrent critiques quant aux stratégies de communication de Bord’eau Village :“Le manque de communication fait que de potentiels acheteurs ne savent même pas qu’il y a un magasin comme le nôtre ici!” témoigne Dragen, employé de chez Home & Cook, boutique installée depuis le début de l’aventure Quais des marques. Pour Alex de chez Deus, la communication de Bord’eau Village est focalisée sur le tourisme et ne dessert pas la cible bordelaise. De ce fait, les bordelais ignorent les propositions locales. 

Quais balade, ville shopping.

Si Bord’eau Village se décrit en lieu de shopping unique, les commerçants éclairent sur une profonde distinction. Selon eux, il s’agit avant tout d’un lieu de passage et de promenade, et non un lieu propice au shopping. Selon Mr Lefevre, cuisinier de Le Rive Gauche, “Les marchés sont différents ici qu’en ville : ici c’est la balade, et là bas c’est le shopping”. Un avis partagé par les commerçants interrogés. Néanmoins, certaines marques prennent cette tendance à contre-courant : pour eux il ne s’agit pas de profiter du passage, mais d’amener les clients à eux. C’est le cas de Au Vieux Campeur, installé ici depuis plus d’un an. Ce profil de commerce, Alex le qualifie de commerce de destination, tout comme McDonald ou bien la boutique UBB Rubgy. Cet effet là, Arnaud de Au Vieux Campeur le confirme : les autres commerces dépendent de son activité, dont la base de clientèle semble stable, contrairement au bar où travaille Alex, aux variations constantes.

 Après la pluie…le soleil?

Plusieurs commerçants installés depuis 2007 notent une importante baisse de leur activité. Pour Le Coq sportif, une chute notable dans un magasin vide, or 7 ans auparavant, il était plein à craquer. Quant à Home & Cook, une chute de 50% du chiffre d’affaires par année s’enregistre depuis 2022. Pour expliquer les flux et déserts de clientèle, chaque commerce est unanime : la météo. Creux de janvier à mars lorsque le ciel se montre grisâtre, vagues de clients si un rayon de soleil se présente. Pour Le Rive Gauche ; « ici c’est tout ou rien, on peut faire 10 couverts par jour comme 1360”. Dragen raconte en souriant avoir calculé une plage horaire de clients en fonction du nombre de degrés à l’extérieur: “s’ il fait trop froid, les gens sont chez eux au chaud, et s’ il fait trop chaud, ils sont à la plage”. Alex explique avec lucidité: “T’as beau mettre tous les événements du monde, si le temps n’est pas là… » Un sentiment partagé par tous. Manque de chance, en ce début de vacances scolaire, le ciel semble couvert… 

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