’ouvrage présenté est “L’empire de l’or rouge”, une enquête de Jean Baptiste Mallet, qui est un journaliste français. Il publie des articles depuis 2007 après avoir obtenu une licence en lettres. En 2011, il publie son premier livre “derrière les lignes du front” qui est un reportage dans le milieu politique de l’extrême droite. Dans ses ouvrages marquants, on peut également relever une enquête d’infiltration dans la méga entreprise Amazon, portant sur les conditions de travail de la multinationale.
Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est son livre “L’empire de l’or rouge” sorti en 2017 est nommé prix Albert Londres en 2018, qui est une récompense d’excellence dans le journaliste et considéré très prestigieux.
Pour ce qui s’agit de la couverture, Une conserve de concentré de tomate. Rien de surprenant, nous en avons presque tous dans nos placards. Quant à l’étiquette, une tomate sur un fond rouge, blanc et vert. Surement le drapeau italien. Tournons le livre, et nous pouvons lire “Que contiennent les pizzas, le concentré ou le ketchup ? Des tomates d’industrie. Transformées et conditionnées, elles circulent d’un continent à l’autre. Toute l’humanité en consomme, pourtant personne n’en a vue.”
( image tomate d’industrie chinoise)
Personne n’en a vu. Ça, c’est une tomate d’industrie. Presque un pavé, elle contient moins d’eau qu’une tomate classique. Elle est bien plus lourde, très dure et sa peau est épaisse Elle peut être entassée dans un conteneur et ne jamais être écrasée, c’est une tomate de combat. Cette tomate est chinoise, elle est génétiquement modifiée et elle est utilisée pour tous nos plats ou préparations contenant de la tomate, ou bien dans cette fameuse conserve de concentré.
Statistiquement, il y a 1 chance sur 4 de trouver une bouteille de ketchup Heinz dans le frigo d’un ménage français.
Heinz est l’entreprise multinationale la plus grosse acheteuse de tomates de toute l’industrie agroalimentaire. Leurs productions nécessitent chaque année 450 000 tonnes de concentré de tomates soit 2 millions de tonnes de tomate récoltées. Heinz engloutit à elle seule plus de 5% de la production annuelle mondiale de tomates d’industrie.
Heinz compagnie est la 5ème plus grande compagnie mondiale de l’agro-alimentaire mondiale avec plus de 28 milliards de chiffre d’affaires.
Le ketchup Heinz est le symbole de l’américanisation, tout comme la canette de coca cola.
En créant Heinz en 1869, Henry Heinz qui a été l’un des 10 hommes les plus riches des États unis, invente au 19eme siècle une mondialisation à base de tomates. Le ketchup Heinz, c’est une figure incontournable du capitalisme industriel. Et la marque de ketchup la plus vendu au monde
Le concentré de tomate est le produit industriel le plus accessible de l’ère capitaliste. Les hommes d’affaires se livrent pour elle une guerre économique impitoyable. Selon le conseil mondial de la tomate d’industrie, le chiffre d’affaires annuel de la tomate est de 10 milliards de dollars
Côté provenance de concentré, Heinz, tout comme Nestlé, se fournit principalement chez Cofco Thune, qui est la plus grande compagnie de transformation de tomate en Chine. Pour Cofco Thune aujourd’hui, chaque sac de 25 kg de tomates sera payé 30 ct d’euros pour la main d’œuvre, soit un peu plus d’un centime le kilo de tomates ramassé manuellement.
La Chine est le pays qui produit et transforme le plus de tomates, du nombre de . 31,8% des tomates industrielles y sont produites puis transformées dans des gros barils, et exportées à travers le globe.
En 2016 selon le magazine Tomato News, La production mondiale de tomates destinée à la transformation industrielle s’est élevée à 38 millions de tonnes
(Slide carte du début du livre)
Ses destinations? l’Italie, les Etats Unis, et le continent africain.
Pourquoi principalement en Italie?
Reprenons cette couverture. Plus précisément, cette conserve au drapeau italien. l’Italie, pays du soleil, et de la tomate. De la tomate? Oui, le concentré de tomate italien, celui qui est majoritairement…importé de Chine
Dans des champs de tomates d’industrie en chine, les employés, principalement immigrés, ramassent le fruit rouge dans des conditions déplorables pour donc, 1 centime le kilo. Par la suite, les tomates sont acheminées vers une usine de transformation, chinoise également. Elles sont triées, lavées, pelées et réduites, en triple concentré majoritairement, puisque ces usines répondent à la demande de ses clients. Après ajout d’eau, la mixture concentrée rouge est versée dans des barils ou des poches aseptisées, et c’est là que leur long périple commence.
Ces conteneurs voyagent une première fois, majoritairement aux Etats-Unis d’amériques et en Italie. Sur les 1,6 million de tonnes de tomates en conserves échangées en 2015, l’Italie a réalisé 77% des exportations mondiales.
Une fois arrivé dans les conserveries italiennes, le concentré est supposément versé dans une conserve ou une brique, elle repart, et là s’achève la fin de l’aventure de la tomate. Fin.
Enfin ça, c’est avant que Jean Baptiste Mallet décide de se faufiler à travers des rideaux en Chine malgré l’interdiction. Au début de la chaîne de production, il voit quelques employés, et une grande cuve. Dans cette grande cuve, du concentré de tomate. Les employés rajoutent de l’eau dans la cuve. Puis, des sachets de poudres blanche, sans étiquette. Après, ce sont des sachets d’amidon qui sont versés, et vient le tour de la poudre de soja. Et la touche finale, un bidon, contenant un liquide visqueux orange: du colorant. Le point commun entre ces ingrédients? Ils sont moins chers que la tomate elle-même.
Désormais, dans ma boite de concentré de tomate made in italie, il n’y a que 31% de concentré de tomates. Le reste, les 69% restants, sont des additifs.
Ma conserve italienne est chinoise, et 69% de la boîte de concentré de tomate n’est pas du concentré de tomate.
“C’est un scandale” dit Jean-Baptiste Malet. C’est un scandale, mais jamais cela n’a été sujet d’investigation. Les autorités chinoises le savent, mais elles s’en moquent. Au contraire, cela sert à la compétitivité des conserveries. Les italiens aussi le savent très bien, puisque c’est eux qui décident de mettre le plus d’additif possible, puisque c’est moins cher.
Et c’est une boucle sans fin: appâté par le gain, si une conserverie ne met de 40% de concentré, une autre n’en mettra que 38. Et encore et encore et encore.
Maintenant, le marché est pourri de l’intérieur, de façon irréparable.
Niveau santé, il est raisonnable de penser qu’il n’est pas bon d’ingérer ces choses.
selon Pasquale Petti, le dirigeant du distributeur de concentré Petti “Ce que veut la grande distribution, c’est un produit le moins cher possible, qui ressemble à de la sauce tomate et qui ne tue pas les gens après qu’ils l’ait mangé”
Le concentré une fois arrivé dans les ports, n’est que très rarement contrôlé, car considéré peu dangereux. Après tout, ce ne sont que des tomates. Cependant quand il l’est et ne correspond pas aux normes d’hygiène, il est renvoyé en Chine.
C’est du concentré pourri. Ce concentré, il s’apelle “black ink” tant il s’est oxydé, il n’est plus rouge mais il est noir. Ce concentré pourri une fois en Chine, n’est pas jeté. Non, il est retravaillé avec encore plus d’eau, encore plus d’additif, encore plus de colorant, et il est remis dans un bidon et repart en Afrique.
Du pourri aux additifs. Voici ce que mangent les êtres humains.
Et ça monsieur Petti le fait aussi. Petti fait produire en chine du semi-travaillé , l’importe en italie, le travaille et l’exporte en Afrique.
(yuka si jtrouve)
Des importateurs de triple concentré de tomates jouent sur la labellisation du produit pour ne pas payer de frais de droit de douanes. En 2015 selon les douanes italiennes, ce sont 90 000 tonnes de triple concentré qui sont passés de cette manière.
Pour ce triple concentré chinois, il est alors retravaillé en le diluant dans de l’eau. Il est dit “produite en italie” mais en vérité, la législation européenne n’impose pas la mention de la provenance réelle du concentré, il est alors indiqué Italien.
Les étiquettes sont mensongères, ou plutôt, dissimulent la vérité. Le made in italy est un mythe.
Selon le classement 2016 de l’ONG transparency International, l’Italie est le deuxième pays le plus corrompu d’Europe.
Avant-hier, j’ai ouvert le placard de ma grand-mère et j’ai minutieusement observé les produits contenant de la tomate. Dans le lot, un pot de sauce tomate, parfait. Sur l’étiquette il était marqué: fait à partir de concentré d’espagne, portugal et italie.
Dans ce cas, la magouille est vicieuse: il s’agit de ce même concentré chinois exporté dans ces trois pays. Ce concentré à été renvoyé, puis ont été mélangés. Dans le lot, probablement un des trois était pourri, un autre médiocre, et l’autre décent. Ils ont étés mélangés avec des additifs supplémentaires, et on le retrouve plus tard sur un étalage de grande surface.
voici ce que nous mettons tous dans notre riz, dans nos pâtes.
En Italie, la criminalité agroalimentaire est telle que les institutions parlent d’agro-mafia. En 2011 selon la direction nationale antimafia, le chiffre d’affaires de ces activités mafieuses est estimé à 12,5 milliards d’euros. Pour comparaison, Danone avait réalisé un chiffre de 21,14 milliards d’euros.
Pour ces mafias, une fausse étiquette de boite de tomate ou d’huile d’olive peut rapporter autant qu’un trafic de cocaïne, la distinction est que s’ ils se font prendre, ils perdront beaucoup moins.
En 2005 la police douanière Italienne découvre dans un dépôt de conserves du groupe Giaguaro 500 tonnes de marchandise dont les boîtes n’avaient pas de dates de péremption ni d’étiquettes, Giaguaro à été acquitté après avoir simplement déclaré qu’il s’agissait d’un stock destiné à la destruction.
Une citation choquante de Jean-Baptiste Mallet m’a marqué: “Ces boîtes sont des métaphores du capitalisme. Dans la tomate d’industrie, des monopoles se sont constitués, mais c’est bien la même boîte contenant le même concentré qui sera consommé dans le monde entier. La variété de l’habillage maintient vivante l’illusion du choix. Tel est le capitalisme: en apparence il tient la promesse de “diversité” de “concurrence” de “liberté” pour le consommateur, mais dans les faits, il ne sert que les intérêts particuliers”
Pourquoi et comment Jean-Baptiste Mallet à eu ce déclic de s’intéresser à la tomate d’industrie, alors que personne avant lui ne s’y était collé? Personne, avant Jean-Baptiste Mallet, ne s’était questionné sur la tomate, celle que l’on ingère pratiquement quotidiennement, celle que nous ne soupçonnions pas.
A l’origine, le journaliste voulait faire un reportage sur les modes de production de conserve, grande invention française. Il pensait alors à une conserverie qu’il avait connu: le cabanon. Le cabanon était la première usine de sauce tomate française produisant un quart de la consommation française. Mais ça, c’était avant que cofco thune ne la rachète en 2004, pour s’implanter en France.
Dans le monde entier, les usines de transformation de tomates au niveau nationale ferment car pas assez compétitives pour lutter face à la voracité des multinationales présentes sur la totalité du globe, a un prix très faible.
De fil en aiguille, Jean-Baptiste Malet s’est retrouvé à visiter des usines les unes àpres les autres, à écarter des rideaux camouflés pour découvrir des fraudes, à mettre sa main dans des sachets de concentré pourri et noir, puis voir ce sachet noyé sous les poudres blanches et teinté en rouge, puis mis en boite.
Il s’est rendu dans des salons d’usines, et à mentir avec aplomb pour découvrir ce qui se tait. Il a serré la main des plus grands, la main qui à empoisonné, intoxiqué et tué des centaines de nourrissons et adultes à coup d’additif et de produits pourris, par appât du gain et par voracité d’avoir encore plus.
“L’empire de l’or rouge”, ce livre d’enquête s’est fait censuré en italie, et à été retiré de la vente, après un accord secret dont le groupe Giaguaro à été l’auteur. Jean baptiste malet s’est exprimé sur cette censure:
“Giaguaro, importateur majeur de concentré chinois, a déposé une plainte en Italie il y a quelques mois. L’entreprise, qui approvisionnait Carrefour à la parution de mon livre en mai 2017, me reprochait de nuire à son image en France et de lui avoir causé une baisse de ses exportations de plusieurs millions d’euros. La seule faille trouvée dans mon texte justifiant la poursuite : ne pas avoir précisé que la société avait été innocentée à la suite d’une perquisition spectaculaire évoquée dans le livre – la saisie par les carabiniers de 1500 barils de concentré chinois pourri grouillant de larves et de vers.”
Les avocats du groupe auraient proposé au journaliste un contrat pour qu’il modifie ce passage de son enquête. Il s’agit clairement d’une tentative d’intimidation, que les journalistes italien subissent au quotidien.
L’empire de l’or rouge, c’est une histoire de capitalisme et de mondialisation. C’est l’histoire de la tomate de combat, celle qui frappe le monde entier, et qui n’épargne personne. Toute l’humanité la consomme, mais peu la connaissent.
Laisser un commentaire